Le guide du « bon » gendarme
Injonctions sur la conduite morale dans les ordres du jour de la gendarmerie fribourgeoise (1871-1927)
« Conduite morale du gendarme », extrait de l’ordre du jour n° 300 de la gendarmerie
de Fribourg, 2 juillet 1907, Archives de l’Etat de Fribourg, CH AEF DPG VIIc 15.
Portrait de deux gendarmes anonymes du Corps de Fribourg, entre 1900-1920.
Archives de l’Etat de Fribourg, CH AEF DPG IIIc 7.
Document
Ce document représente l’ordre du jour n° 300 de la gendarmerie fribourgeoise, daté du 2 juillet 1907 (voir texte complet). Il s’agit d’un extrait du registre des ordres du jour de 1871 à 1927. Ceux-ci sont signés par les commandants du corps – ici Honoré von der Weid – et destinés aux gendarmes qui ont pour devoir de les lire.
Dans cet ordre, le commandant reporte la mauvaise conduite morale d’un gendarme du corps. Les faits reprochés sont les suivants : avoir porté à boire à des prisonniers militaires confiés à la surveillance du gendarme en question, et avoir entretenu des relations avec une personne «de moralité très suspecte», elle-même incarcérée aux Augustins pour délit contre les mœurs. Le coupable a été invité à demander son congé après s’être acquitté de 10 jours de prison.
Cette affaire permet au commandant de rappeler ses subalternes à l’ordre, avec l’injonction de faire preuve d’une conduite morale exemplaire dans le cadre de leur activité professionnelle.
Contexte
Entre les années 1880 et 1920, le régime de la République chrétienne imprègne le canton d’une idéologie conservatrice, fermement attachée au maintien d’un ordre social et moral traditionnels. Pourtant, des troubles viennent entraver cet équilibre : les autorités déplorent des atteintes à la moralité et s’inquiètent du fléau de l’alcool. Le gendarme est la figure qui a pour mission de représenter l’autorité et de faire respecter l’ordre dans la société.
Après la grande réforme de la police de 1852, le corps de la gendarmerie doit affirmer sa position. Le port généralisé de l’uniforme participe à cette professionnalisation. En outre, dans un canton rural, allant de pair avec une sociabilité étroite, la proximité du gendarme avec la population peut l’inciter à trop de familiarité, au risque de perdre sa légitimité. Toute entrave à la réputation du corps par un comportement jugé immoral est donc très mal perçue par les commandants, qui sanctionnent avec vigueur ces écarts au règlement.
Commentaire
Les ordres du jour lèvent ainsi le voile sur les injonctions morales imposées par la hiérarchie du corps au gendarme de terrain. Comment doit-il se comporter, quelles sont les qualités requises pour être un bon gendarme et quelles fautes méritent une sanction : autant de questions auxquelles ces documents d’archives fournissent une réponse très détaillée.
La préoccupation majeure des commandants vise le respect de l’honneur de l’institution, à laquelle il paraît primordial de ne pas porter atteinte. Soucieuse de relever sa réputation et de combattre les préjugés dévalorisants à son encontre, la gendarmerie doit éviter de tendre le bâton pour se faire frapper.
Si un gendarme se laisse aller à la boisson ou se comporte de façon immorale dans l’espace public, il porte un grave préjudice à l’image du Corps. Le gendarme est sujet à cette pression de la hiérarchie dans tous les domaines de sa vie professionnelle et privée. Aussi, lorsqu’il ne respecte pas les normes comportementales imposées par ses supérieurs, il doit faire face à la réprobation du pouvoir disciplinaire.
L’autrice : Candice Rey
Née dans le petit village de Flanthey en Valais, j’ai quitté le canton pour entrer à l’Université de Fribourg, où j’ai obtenu un Bachelor en Histoire contemporaine et Business Communication. Je poursuis actuellement mes études avec un Master en Histoire contemporaine et Anthropologie.