Aux armes, policiers !

Un rempart face à l’anarchie : le Corps de gendarmerie du canton de fribourg en 1852

Page de présentation de la loi du 16 mars 1852 sur le Corps de gendarmerie de Fribourg
© Archives d’Etat de Fribourg.

Commentaire

L’influence du contexte politique et social fribourgeois sur l’élaboration d’un système policier efficace transparaît au travers de la loi de mars 1852. Le système de garde civique disparaît, remplacé par une institution soumise à la loi. Certes, un corps de police existait depuis 1804, mais les effectifs étaient loin d’être suffisants pour un canton qui comptait, en 1848, près de 100'000 habitants. Les changements apportés par la loi de 1852 comblent ce manque : le corps passe d’une dizaine d’hommes à plus de 120 et il se professionnalise.

L’année 1852 marque ainsi l’entrée de la gendarmerie fribourgeoise dans l’ère moderne. Celle-ci s’institutionnalise : ses membres sont spécifiquement formés, ils portent l’uniforme et représentent la force publique. Les différents Corps cantonaux s’efforceront à ce titre de rectifier la conduite morale du gendarme : il devient un exemple qui se doit d’être irréprochable. Certaines des problématiques évoquées durant cette période marqueront durablement les débats au Grand Conseil de la deuxième moitié du 19ème siècle : le montant de la solde par exemple, longtemps considéré comme trop bas, ou le nombre nécessaire de gendarmes.

Mais la loi prouve rapidement son efficacité : en avril 1853, la troisième et dernière insurrection emmenée par Carrard est repoussée par le corps de gendarmerie, au prix de la vie de deux gendarmes. Comme l’écrit l’ouvrage anniversaire conçu pour les 175 ans de la Gendarmerie fribourgeoise, la loi recevait ainsi son baptême de sang et pouvait dès lors s’ancrer durablement dans la vie du canton.

Document

Ce document représente la page d’ouverture de la loi organique sur la gendarmerie du 16 mars 1852. Ce texte réorganise profondément le corps de police créé en 1804. Cette loi sur la gendarmerie a durablement marqué le canton, puisqu’elle restera presque 150 ans
en vigueur.

Les années 1851 et 1852 sont frappées par des insurrections qui éclatent à l’encontre du pouvoir radical, lui faisant prendre conscience de la nécessité de réformer la gendarmerie, selon un message envoyé au Grand Conseil en avril 1851. Le gouvernement cantonal sollicite donc un crédit de 24'000 francs afin de réorganiser la gendarmerie. C’est la première étape d’un processus démocratique qui verra le pouvoir législatif du canton mettre sur pied une loi nouvelle, remaniant les fonctions et missions d’une police encore balbutiante. La loi sera finalement adoptée le 16 mars 1852, contenant des indications aussi diverses que le nombre de gendarmes, les conditions d’admission
ou la solde.

Contexte

L’insurrection Carrard de mars 1851 (du nom de l’un de ses auteurs, Nicolas Carrard), où une soixantaine d’insurgés s’emparent des points stratégiques de la ville de Fribourg, agit comme l’élément déclencheur de cette réforme policière.

L’aquarelle du chapelain Wicht montre la garde civique du canton (détail ci-dessous) repoussant les agitateurs. Toutefois, une absence demeure dans le tableau : les gendarmes. En effet, ceux-ci sont dépassés par les événements, comme le Conseil d’Etat le rappelle, dans son message d’avril : « C’en était fait des libertés publiques sans l’admirable dévouement de la garde civique ».

L’insurrection Carrard de 1851, repoussée par la garde civique. L’œuvre est attribuée au chapelain Jean-Pierre-Joseph Wicht. © Musée d'art et d'histoire Fribourg.

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L’auteur : Martin Bagnoud

Originaire du village de Chermignon dans les montagnes valaisannes, je poursuis actuellement des études d’Histoire contemporaine et de Français à l’Université de Fribourg, dans le but d’y obtenir un Master.

Martin Bagnoud