Ciel, un hold-up chez nous !
Le 28 août 1978, des individus cagoulés dérobaient une coquette somme à la Caisse d’épargne
de la Ville : COMMENT la presse fribourgeoise COUVRE L’éVéNEMENT
Guichet de la Caisse d’épargne franchi par un des malfrats. © Photo J.-J. Robert, parue dans La Liberté du 30.08, p. 13.
Rue en travaux, adjacente à la Caisse d'épargne, par laquelle sont arrivés les braqueurs. © Photo J.-J. Robert, La Liberté du 30.08, p. 13.
Document
En date du 28 août 1978, la Caisse d’épargne de Fribourg est attaquée par des individus cagoulés, près de 140'000 francs sont dérobés. La Liberté couvre cette affaire, jusqu’à ce que la voiture ayant servi aux criminels pour s’enfuir soit identifiée et retrouvée à Fribourg. Le document traité ici est le principal article paru au sujet de ce hold-up, deux jours après le braquage. L’article, publié dans la rubrique locale, est annoncé au bas de la première page de l’édition.
Le texte raconte les faits en détail. Il est illustré par deux photographies capturées par J.-J. Robert. L’une montre la façade de l’établissement et la rue y conduisant, en plein chantier. L’autre présente le guichet par-dessus lequel est passé l'un des braqueurs. Autant d’obstacles franchis par les malfaiteurs, si l’on en croit les légendes des images.
Ces photographies, destinées à raconter une histoire, diffèrent de celles du dossier de police, qui présentent les traces et objets laissés par les malfaiteurs sur les lieux.
Contexte
Depuis le début des années 1960 les «brigandages» sont en nette augmentation. C’est ainsi que le Code pénal désigne les attaques à main armée visant à s’approprier des sommes d’argent conséquentes. Le cinéma américain diffuse dans la presse un nouveau vocabulaire anglophone, comme hold-up et gangster. Une recherche dans la presse numérisée révèle que le terme «hold-up(s)» apparaît 45 fois dans La Liberté au cours de la décennie 1950-1959, 317 fois entre 1960 et 1969 et… 608 fois entre 1970 et 1979.
Ces actes revêtent un caractère spectaculaire : recours à des armes à feu, anonymisation par le port de cagoules et de gants, fuite en voiture qui achève la séquence. Ce hold-up prendra une dimension intercantonale puis internationale, par le trajet qu’empruntera l’argent dérobé ainsi que par la nationalité française d’une partie des auteurs du crime, qui vivront en cavale à la suite de l’événement.
Cagoules et gants utilisés par les malfaiteurs. Photographie trouvée dans le dossier judiciaire.
Archives de l’Etat de Fribourg, 8754.
Aux côtés des douilles retrouvées sur les lieux, le photographe de la Police de sûreté a placé le type d’arme correspondante. Archives de l’Etat de Fribourg, 8754.
Commentaire
Comment le journaliste traite-t-il l’événement ? Il ne se contente pas de reprendre le contenu du communiqué officiel de la Police de sûreté. Il va lui-même interviewer des employés de la Caisse d’épargne pour avoir leur version des faits et cite leurs propos.
Le sous-titre «Une enquête de Pierre Berset» indique un nouveau mélange des rôles entre les professions impliquées dans le traitement des affaires criminelles. Enquêter sur un délit ou un crime est du ressort de la police, mais le journaliste se déplace désormais aussi sur le terrain. Il se met en scène en tant qu’enquêteur, il se désigne ainsi et raconte les événements de manière à créer une tension, un suspense. Il cherche même à élaborer des hypothèses, tente par exemple d’amener le lecteur à envisager que les braqueurs ont disposé de complices
à l’interne. N’ont-ils pas, un peu trop aisément trouvé le coffre-fort, qui pourtant était placé dans un endroit peu conventionnel. Ce reportage est une excellente illustration du nouveau rôle que s’attribue le journaliste dans le cas des affaires judiciaires.
La terminologie anglophone est réservée à la page de titre qui fait mention d’un «hold-up», mais le texte en page intérieure utilise les mots «opération», «attaque» ou «attaque à main armée». Il semble que le vocabulaire anglais, jugé plus incisif, ait vocation à capter l’attention du lecteur. Dans le corps du texte, l’effet percutant est entretenu de façon plus thématique par les suppositions du journaliste-enquêteur et l’inquiétude autour de la recrudescence des attaques d’établissements bancaires.
L’autrice : Elena Angiolini
Résidente de Delémont et détentrice d’un Bachelor en Histoire et en Français de l’UNIFR, je poursuis mon cursus avec un master en Histoire contemporaine et Français. Passionnée d’histoire je suis membre du bureau du Cercle d’Etudes historiques de la Société jurassienne d’émulation.